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Mon cœur mis à nu

Ce titre est aussi le titre d’un recueil de fragments inachevé de Baudelaire. Ça n’a aucun rapport avec cet article car je ne vais pas parler de littérature, mais je trouvais l’expression adaptée.

 

Je n’ai jamais écrit quoi que ce soit de personnel sur l’un de mes blogs, mais aujourd’hui j’en avais besoin. Certaines choses ne peuvent pas se dire en un seul tweet, et celle-ci en fait partie.

 

Hier, mon (ex-)copain m’a quittée.

C’est loin d’être ma première rupture, mais d’habitude je suis plutôt la personne qui brise les cœurs et ne regarde pas en arrière. Le retour de karma, j’imagine. En tous cas, c’est la première fois que j’ai le cœur brisé. J’ai perdu la personne la plus importante de mon quotidien, celle qui me rendait heureuse, qui était mon meilleur ami, mon pilier, et à peu près tout ce qu’on peut imaginer à la fois. Je nous pensais inséparables, et nous sommes séparés. Ça m’ennuie de l’avouer, mais c’est dur.

Je ne regrette rien, pas une seule seconde, car je pense n’avoir jamais été aussi heureuse que lors de ces quelques mois qui m’auront été offerts. Mais ça fait mal.

C’est difficile d’accepter que parfois l’amour qu’on porte à une personne – et qu’une personne nous porte – ne suffit pas, et qu’on ne peut pas rendre celui qu’on aime suffisamment heureux pour qu’il fasse le choix de rester. C’est aussi passer des heures à chercher à comprendre, et à ne pas accepter que, justement, l’amour ne suffise pas toujours. C’est tout remettre en question, la sincérité de l’autre, les moments passés ensemble, et toujours ne pas réussir à accepter. C’est se révolter, sans réussir à admettre qu’on ne pourra rien y faire.

C’est pleurer parce que l’appartement est encore plein de ses affaires et qu’il va falloir régler cette question un jour. C’est pleurer en ouvrant le frigo parce que les gâteaux qu’on mangeait ensemble sont toujours là. C’est ne plus réussir à ouvrir le moindre placard car tous sont pleins de choses qui lui appartiennent. C’est s’effondrer quand l’autre a l’air heureux sans nous, ou plutôt quand il n’a pas l’air malheureux. C’est s’en vouloir de penser comme cela. C’est ne pas comprendre. C’est être triste. C’est être en colère. C’est ne pas réussir à imaginer sa vie sans la personne qu’on aime. C’est ne plus pouvoir écouter une de ses chansons préférées après avoir passé le weekend à l’écouter avec l’autre. C’est avoir en tête une chanson que l’autre chantait le matin même, et pleurer encore. C’est oublier cinq secondes, s’en vouloir d’avoir oublié, et pleurer encore. C’est être conscient qu’on va souffrir pendant des mois, et savoir pertinemment qu’on n’imagine pas encore à quel point. C’est regretter tous les bons moments. Se réjouir qu’ils soient arrivés. Mais savoir qu’ils ne reviendront a priori pas. Et c’est espérer encore et encore, et savoir que ça ne s’arrêtera pas de si tôt.

C’est savoir qu’on ne pourra rien faire contre tout cela. Qu’on ne peut rien faire pour changer la décision de l’autre, quoi qu’on en pense.

 

C’est aussi appeler à l’aide. C’est passer la soirée à boire un horrible martini pamplemousse avec sa meilleure amie qu’on a appelé en urgence. C’est appeler la même meilleure amie à 5h du matin en pleurant, et se réjouir qu’elle n’ait pas mis son téléphone en silencieux justement pour pouvoir répondre. C’est faire un skype jusqu’à 2h du matin avec une autre amie formidable prête à m’écouter en parler et me répéter sans cesse. C’est s’effondrer en pleurant dans les bras de sa mère alors que les relations étaient si tendues la veille encore. C’est envoyer un mail de détresse à son directeur de mémoire et être surprise de le voir répondre si gentiment. C’est voir, finalement, qu’on est aimée.

J’ai toujours pensé qu’il y a autant de manières d’aimer qu’il y a de personnes et de couples. Je ne sais pas s’il y a autant de manières d’avoir le cœur brisé, mais j’ai du mal à m’imaginer plus douloureux que cela. J’ai du mal à concevoir que la vie soit appréciable à nouveau après avoir connu un tel bonheur. J’ai croisé sur ma route un bout de paradis. Aujourd’hui, je n’y ai plus accès.

J’ai l’impression qu’on m’a arraché une moitié de moi-même. Maintenant, c’est à moi d’accepter que la moitié qui reste est aussi formidable, et que même si je ne la trouverai jamais assez bien que la moitié qui est partie, celle qui reste vaut quelque chose. Et que même si moi je n’en suis pas convaincue encore, les autres le sont pour moi.

A la fin, tout ira bien. Moins bien sûrement que ça aurait été s’il avait été là. Peut-être même beaucoup moins bien. Très certainement mal par moments, voire très souvent, voire tout le temps. Mais ça ira, ça viendra.

Bisexualité, Coups de gueule

A propos de la Tchétchénie

Quand je parle d’homophobie autour de moi, l’on finit toujours par me dire que la situation des personnes LGBT est tout de même meilleure aujourd’hui, que ce n’est plus comme avant, qu’ « on les accepte ». Hier, j’apprenais en même temps que beaucoup l’existence d’un camp où sont détenus des hommes homosexuels en Tchétchénie, en Russie. Les articles sur le sujet évoquent une purge préventive, des rafles, des tortures, des meurtres, un camp de concentration.

 

Certains jours, je crois presque à l’utopie selon laquelle il serait facile aujourd’hui d’être une personne LGBT. Je culpabilise presque de ne pas avoir fait mon coming out auprès de mes parents, car tout de même, ça semble si facile à assumer. Je m’en veux presque d’avoir peur des réactions des autres. Puis je sors de chez moi, et je parle aux gens.

Lorsque j’évoque les regards hostiles que je subis dans la rue quand je tiens la main de ma copine, on me répond que ce ne sont que des regards. Lorsque je parle d’insultes, au mieux l’on me dit qu’elles seront oubliées quelques jours plus tard ; au pire que ce ne sont que des mots. La fois où un type m’a frappée parce que j’ai embrassé une fille sous ses yeux ? Ah, ça, c’est un cas exceptionnel. En faisant passer l’homophobie pour un fait marginal, l’on contribue à cette situation qui la rend légitime.

 

Certes, l’on parle ici de la Tchétchénie ; donc de l’étranger. Déjà, certains relativisent en répétant que la Russie est une dictature critiquée ; mais dans les médias elle ne l’est que très rarement voire jamais pour son homophobie. Rappelons que l’invitation de Marine Le Pen au Kremlin a été présentée comme un exploit, comme la preuve d’une reconnaissance internationale. Rappelons aussi les positions ouvertement homophobes de tant de candidats à notre élection présidentielle française. Rappelons que certains d’entre eux ont le soutien officiel de La Manif pour tous. Rappelons d’ailleurs la facilité avec laquelle LMPT s’est imposée comme un simple mouvement politique légitime, porteur d’une opinion controversée. Enfin, rappelons qu’il est devenu normal pour la quasi-totalité des candidats d’adopter une posture empathique vis-à-vis de LMPT, sous prétexte que ces militants dont les convictions ont été bafouées ont été légitimement blessés et qu’il faut les comprendre.

Se répéter que ce qui se passe en Russie est un cas à part est malhonnête. Certes, la situation y est exceptionnelle ; mais cela ne doit pas faire oublier ce qui y a mené. Elle repose sur des faits bien réels, qui passent par l’ancrage de l’homophobie dans la société comme une simple opinion. L’on tente de nous faire croire que l’homophobie est condamnée aujourd’hui, alors qu’elle reste bien présente dans les débats avec une apparente légitimité. Le silence de nombreux médias aujourd’hui en est encore une preuve. Ce qui se passe en Tchétchénie ? Je n’ai pas de mots assez forts ou adaptés pour l’évoquer ; mais ne fermons pas les yeux sous prétexte que cela se passe ailleurs, que ça ne nous concerne pas.

 

Militer pour une prise de conscience ou pour la fin de notre invisibilisation, c’est fatigant autant que dangereux. Moi en tous cas, je suis épuisée. Aujourd’hui encore, le simple fait d’exister nous met en danger. Retenons une chose : à chaque fois qu’une personne critiquera les prides, les jugera inutiles, dévalorisantes ou tentera de les interdire, rappelons-nous qu’ailleurs, des militants LBGT sont tués, torturés, déportés parce qu’ils veulent en organiser.

Séries

[Viol] Broadchurch : une saison 3 importante et à regarder absolument

[Cet article contient des mentions de violences, d’agressions, de victimblaiming, de harcèlement sexuel, de viol et de meurtre. Il évoque une série qui aborde le sujet du viol.]


Broadchurch
est une série britannique diffusée depuis 2013. Elle a dès ses débuts rencontré un énorme succès reposant sur son synopsis et son très bon casting. Elle s’ouvre sur la mort d’un jeune garçon, et les épisodes suivants racontent l’enquête qui suit dans le petit village de Broadchurch où personne ne conçoit qu’un tel drame ait pu avoir lieu. L’ambiance est très particulière, avec une bande originale, des décors et une réalisation sublimes. Le tout est renforcé par un excellent casting, avec les acteurices David Tennant, Olivia Colman et Jodie Whittaker.

Je ne vais pas parler ici des deux premières saisons déjà un peu datées et dont les sujets ne me concernent pas directement, mais de la dernière. En cours de diffusion depuis le 27 février 2017, elle en est aujourd’hui à l’épisode 5.

Cette troisième saison est pour moi fondamentale et à regarder absolument : je vais essayer d’expliquer pourquoi avec le minimum de spoil (j’ai essayé d’être la plus vague possible sur les contenus auxquels je fais référence pour ne pas gâcher le visionnage de celleux qui ne l’auraient pas encore vue).

 

Le premier épisode présente le personnage de Trish, nouvelle cette saison. Cette femme a contacté la police après avoir été agressée et violée au cours d’une fête : la saison s’ouvre sur sa prise en charge par la police. Les premiers instants de l’épisode sont extrêmement durs, et il y a plusieurs moments dans la série difficiles à regarder du fait de la détresse de Trish. L’on suit la vie de la victime après le drame, la peur qui est la sienne, mais aussi ses traumatismes psychologiques et sa détresse. De la même manière, on suit l’enquête policière, mais aussi la vie du village de Broadchurch qui apprend la nouvelle de ce drame.

 

La saison en est seulement à la moitié de sa diffusion, et j’espère que rien par la suite ne démentira les propos que je tiens dans cet article. Pour l’instant, je n’ai repéré aucune fausse note dans le traitement d’un sujet pourtant souvent problématique. Les séries qui évoquent de manière correcte le sujet du viol sont rares ; ici, Broadchurch le fait avec une justesse remarquable.

 

La série est extrêmement réaliste sur « l’après », et sur le victimblaiming omniprésent suite à une telle situation. Trish ne correspond pas aux standards de beauté habituels : c’est une femme aux cheveux courts, plutôt âgée. L’on entend ainsi les remarques et réflexions, directes ou sous-entendues, des habitants du village qui se demandent « pourquoi elle ? » parmi d’autres femmes bien plus belles à leurs yeux, et remettent en question de son témoignage. Trish est aussi une femme qui assume sa sexualité : dans son dos, plusieurs se disent qu’« elle l’a mérité ». La série montre ainsi la violence qui entoure le témoignage de cette femme, celle à laquelle elle fait face mais aussi celle qui se déroule derrière son dos. Elle illustre parfaitement les raisons qui mènent tant de femmes à ne pas témoigner suite à une agression sexuelle, à savoir ce victimblaiming omniprésent et violent. D’ailleurs, Trish hésite avant de témoigner : elle a peur, parce qu’elle sait qu’elle a bu au cours de cette soirée, et qu’on pourrait le lui reprocher. L’on assiste également à son isolement : par peur de témoigner, mais aussi par peur que la nouvelle s’ébruite, que ses ami·e·s l’apprenne et la jugent suite à cela.

La série étant une série policière, elle aborde également l’hostilité des policiers face à la victime. Les deux personnages principaux étant enquêteurs, le résultat est assez nuancé et témoigner apparaît certainement bien plus engageant qu’en réalité. Cependant,on retrouve de nombreux faits réalistes avec des membres de l’équipe policière qui remettent en question le témoignage de la victime. Même parmi les deux personnages principaux, Alec Hardy incarne l’esprit « bureaucratique » : il veut rendre la situation de la victime publique afin que cela ne se retrouve pas. Il peine à prendre en compte le ressenti de Trish, et peut faire preuve d’une violence psychologique que lui-même peine à percevoir. Ellie Miller, l’inspectrice, représente elle l’empathie vis-à-vis de la victime et fait tout pour la réconforter ; par pure gentillesse, mais aussi du fait d’une forme de solidarité féminine. Elle rappelle les autres à l’ordre à de multiples reprises et incarne réellement un personnage positif dans un univers hostile à l’égard des victimes de viol.

Enfin, ce qui est sûrement l’un des éléments les plus importants : la démarche est réellement pédagogique. Outre l’illustration des difficultés à témoigner de viol, chaque épisode se termine avec la diffusion d’un numéro d’aide aux victimes et d’information. Ici, la série s’écrit réellement avec et pour les victimes.

 

L’on pourrait évoquer de nombreux autres éléments dans cette troisième saison de Broadchurch qui sont aussi traités de manière remarquable. L’une des femmes présentes dans la série est victime de harcèlement sexuel répété ainsi que de menaces. Une adolescente est victime de harcèlement après que des photos d’elle nues aient été diffusées dans son lycée contre son gré. De nombreux sujets sensibles, habituellement tabous ou mal traités sont présentés ici, sans fausse note (pour l’instant et pour toute la saison on l’espère). Ce qui est le plus important, c’est surtout le traitement du victimblaiming : lorsqu’il est représenté, c’est pour montrer sa violence et son absurdité. Cette série qui met, dans cette saison, l’accent sur les personnages féminins et leurs souffrances.

Je n’ai pas jugé ici les deux premières saisons : ce sont des sujets qui me concernent moins, sans doute moins sensible pour la deuxième, et mes souvenirs sont assez éloignés donc plus flous. Si on retrouve les mêmes personnages de l’une à l’autre, celle-ci est en grande partie indépendante des précédentes et peut sans doute être regardée seule si votre sensibilité vous empêche de regarder les deux premières. En revanche, vu la qualité de cette dernière saison, on ne peut que regretter que ce soit la dernière, car c’est bien une saison indispensable.

De nombreuses scènes sont violentes, très peu physiquement mais surtout symboliquement, notamment par les évocations et témoignages de viol : à regarder prudemment selon votre sensibilité.

Coups de gueule, Littérature

Madame de La Fayette au programme du bac, une bonne nouvelle ? A moitié seulement

L’information est tombée ce matin : Madame de La Fayette sera la première femme de l’histoire à figurer au programme de terminale littéraire. L’on pourrait dire que c’est une bonne nouvelle, mais d’après moi, pas totalement.

 

Le contexte :

Françoise Cahen, professeure de lettres en lycée, a l’an dernier réalisé une pétition à l’intention de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, demandant à ce que des autrices soient inclues dans le programme de terminale L. Cette pétition a été largement diffusée et signée plus de 20 000 fois, et globalement de nombreuses personnes ont réagi à l’éternelle absence des femmes au programme du bac. L’affaire ayant fait du bruit, nous avons enfin une autrice cette année.

Il ne fait aucun doute que cette polémique a motivé le choix Madame de La Fayette. Différentes raisons me font remettre en cause la sincérité de cette démarche, dont ce contexte. Soyons optimistes : peut-être y a-t-il eu une réelle prise de conscience, et nous retrouverons donc bien-sûr d’autres autrices dans les programmes des années à venir (sic). Quoi qu’il en soit, il y a de quoi se réjouir : il y a enfin une autrice au programme du bac L !  Cependant, le choix de Madame de La Fayette m’interroge.

 

Pourquoi Madame de La Fayette ?

J’ai publié en octobre dernier un article sur Simonae intitulé « Pourquoi étudie-t-on Madame de La Fayette ? ». J’avais alors donné des éléments de réponse :

« Alors, pourquoi Madame de La Fayette est-elle celle qui occupe le plus de place ? On peut rattacher cela au type de romans qu’elle produit, des romans « précieux », autrement dit qui, pour résumer très brièvement, parlent d’amour et de sentiments. Ce n’est sans doute pas par hasard que, pour une fois, c’est une femme qui est considérée à la tête d’un mouvement littéraire. »

Suite à plusieurs sondages, j’ai pu constater que Madame de La Fayette est de loin l’une des autrices les plus étudiées au lycée (quand des autrices le sont, ce qui est rare). Or, ce choix n’est pas anodin : elle appartient au mouvement de la « préciosité » qui, pour résumer, recherche la pureté des sentiments et de manière plus générale le raffinement. Elle est la seule femme de l’histoire considérée comme étant à la tête d’un mouvement littéraire … mouvement qui correspond à des stéréotypes de genre associés au genre féminin. Si j’adore Madame de La Fayette et ses œuvres, il ne fait aucun doute que sa reconnaissance tient à la fois à son genre et à la littérature qu’elle produit : tout est conforme aux stéréotypes et à ce que l’on pourrait attendre d’une autrice, d’une femme.

S’il est en soi très intéressant d’étudier Madame de La Fayette, c’est le fait que n’étudier qu’elle qui pose problème.

 

Du point de vue des élèves :

Les élèves n’étudient que très peu d’autrices au cours de leur parcours scolaire, et il n’est pas impossible que Madame de La Fayette soit la seule qu’ils abordent (je renvoie ici aux sondages publiés dans mon article sur Simonae cité plus haut). N’étudier qu’elle, cela limite les femmes à une préoccupation : celle des sentiments. Les auteurs hommes étudiés sont nombreux, et les élèves peuvent se rendre compte de la variété des sujets sur lesquels ils écrivent. Ce n’est pas le cas pour les autrices. Dans cette perspective, la femme apparaît comme une exception dans le champ littéraire : elle ne mérite d’être étudiée que lorsqu’elle parle d’amour. Ce choix d’une autrice appartenant au courant de la préciosité, aussi importante soit-elle dans l’histoire littéraire, confortera donc symboliquement des stéréotypes genrés et sexistes selon lesquels les femmes seraient les meilleures pour parler d’amour, et ne pourraient finalement faire que cela.

Bien évidemment, les œuvres de Madame de La Fayette ne se résument pas aux sentiments, les élèves de filière littéraire auront l’occasion de s’en rendre compte. Cependant, l’amour reste l’un des sujets dominants, et avec deux heures de littérature par semaine il s’annonce difficile d’ôter aux élèves tous ces stéréotypes et ces a priori qu’ils auront et que la lecture aura sans doute confirmé.

Enfin, Madame de La Fayette est une autrice dont le nom est connoté négativement. On se souvient de Nicolas Sarkozy qui a dit à plusieurs reprises détester La Princesse de Clèves, roman déjà ancien et qu’il juge ennuyeux au possible. Est-ce que je suis d’accord ? Évidemment, non. Est-ce que les élèves penseront comme moi ? Pas forcément. Filière littéraire ou pas, il ne faut pas se mentir : pour de nombreux élèves, le livre semblera inintéressant, et de là l’ensemble de la littérature écrite par des femmes que Madame de La Fayette incarnera à leurs yeux.

 

D’autres autrices d’expression française :

On ne peut que regretter d’autant plus ce choix lorsqu’on connaît la richesse de la littérature écrite par des femmes. En ce qui concerne les « classiques », reconnues par les institutions littéraires (et qui auraient donc pu figurer au programme), il n’y a pas à chercher bien loin pour trouver des noms connus : au XIXe, Georges Sand ou Madame de Staël ; au XXe siècle, Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute, etc. Leur absence est d’autant plus regrettable qu’elles semblent incontournables dans l’histoire littéraire.

Pour des autrices plus récentes, on trouve Annie Ernaux, déjà reconnue par les études littéraires et qui écrit toujours aujourd’hui. En Belgique, Caroline Lamarche est l’une de mes autrices préférées. L’autrice algérienne Assia Djebar, elle aussi reconnue par la critique, aurait été tout aussi intéressante à étudier. Enfin, comment ne pas penser aux autrices francophones d’Afrique subsaharienne comme Calixthe Beyala et Angele Rawiri qui ont effectué une véritable révolution dans le champ de la littérature « féminine », ou à Fatou Diome et Léonora Miano incontournables aujourd’hui. Si vous cherchez d’autres références, j’avais dans un article précédent évoqué ce blog qui vous donnera des références d’autant plus nombreuses.

Il faudrait des heures et des heures pour énumérer toutes les femmes qui sont dignes d’être lues et/ou étudiées en cours de littérature. Les autrices sont nombreuses, tout aussi talentueuses que les hommes, et ne se résument de loin pas au champ des sentiments : il semble aujourd’hui encore indispensable de le rappeler.

 

Coups de gueule, Pour éduquer vos potes

Tu es un mec et des femmes sont d’accord avec toi à propos du féminisme ? Tant mieux, mais … je m’en fous

Journée normale sur les réseaux sociaux, des mecs sont venus m’expliquer que je suis une mauvaise féministe et que j’ai tort : ils ne sont pas d’accord avec moi et ils ont raison, la preuve étant qu’ils connaissent des femmes qui pensent comme eux.

On est dimanche et j’ai clairement la flemme de bosser : revenons donc deux minutes sur ce pseudo-argument que certains pensent irréfutable.

 

« D’autres femmes désapprouvent ce que tu dis »

Il faut m’imaginer lire cette phrase avec cette tête :

fillon-shocked
(Oui, ceci va me servir de running gag tout au long de l’article, d’avance pardon)

Qu’on m’imagine être une mauvaise féministe, bon ok pourquoi pas, mais là tout de même les mecs pensent m’apprendre que toutes les femmes ne pensent pas comme moi et, sapristi, qu’elles ont toutes un avis qui leur est propre.

fillon-shocked

Déjà, cela relève d’une conception assez limitée des femmes (ou plutôt d’après eux de « la femme ») : c’est supposer que toutes, et a fortiori les féministes, seraient en permanence d’accord sur tout. Eh bien, attention, cette révélation risque d’en choquer plus d’un, mais … non. Être une femme ne signifie pas avoir exactement le même type de pensées que toutes les autres. Chaque femme à un avis différent sur tel sujet car … autre révélation … nous sommes des êtres humains. Ouais, je sais, le niveau est élevé.

 

« J’ai vu des femmes qui pensent comme moi »

fillon-shocked

Il faut d’abord noter que cet argument est systématiquement utilisé pour contredire une autre femme, la plupart du temps s’affirmant féministe, et pour nier son expérience.

Il y a là un réflexe misogyne, celui d’opposer des femmes entre elles pour les diviser et minimiser l’impact de leurs propos. Cette mise en concurrence s’associe à un choix très sélectif voire réducteur en plus d’être malhonnête. C’est sélectionner des avis confortables, ceux qui vont dans le sens qui arrange l’homme qui y fait référence, et nier les autres.

En prétendant donner la parole à toutes (et donc ici à celles en désaccord), ce choix d’information permet le plus souvent d’appuyer le point de vue de celles qui vivent le moins le sexisme ; et donc de minimiser voire invisibiliser ce que vivent les autres. Ce choix est aussi le plus confortable, car le plus souvent ce sont les paroles les moins dérangeantes et moins agressives envers les hommes qui sont relayées. Et s’il s’agit d’un réflexe naturel, celui de préférer un avis qui va dans notre sens et suppose le moins de remise en question, ce n’est pas une raison pour l’imposer à celles qui luttent  jour après jour.

 

« A un moment, faut se remettre en question »

fillon-shocked

Les cas où des hommes viennent opposer aux propos de féministes ceux d’autres femmes sont nombreux. Tu te fais harceler dans la rue ? Oui mais ma cousine n’a jamais eu ce genre de souci. On t’insulte sur Twitter ? Eh la sœur de ma belle-mère n’a jamais vécu ça. Tu penses que les hommes ne devraient pas parler de féminisme ? Ah mais tu sais la sœur de ma copine de 4e n’y voit aucun souci. Tu es féministe ? Pfff tu sais j’ai croisé une femme dans la rue hier qui m’a expliqué que selon sa grand-mère tu desservais la cause.

Apporter l’avis d’une autre femme est un moyen constant et récurrent de dévaluer la parole des féministes.

Or, ce qui à mon sens fait l’essence même du féminisme est de ne pas remettre en question l’expérience d’une femme. J’écoute celles qui racontent vivre le sexisme au quotidien, tout comme j’écoute celles qui ne voient pas certains problèmes. Nos expériences sont différentes, et nous n’avons pas toutes la même vie, bien heureusement. Certaines parmi nous sont plus « déconstruites » que d’autres, c’est-à-dire qu’elles auront plus conscience que d’autres des problèmes que pose la misogynie dans notre société patriarcale. Dès lors, toutes les femmes n’ont pas le même avis sur le féminisme. Car, oui, le féminisme s’apprend.

 

J’inclus ici (avec son accord) quelques tweets de @ComisSansInes, qui ouvrent justement des pistes de réflexion à ce sujet :

 

Dès lors, opposer l’avis de femmes entre elles est une démarche stérile. C’est supposer qu’en tant qu’homme, notre avis sur des oppressions que nous ne vivons pas est pertinent. C’est aussi parler à la place d’autres femmes, chose que nombre de féministes dénoncent au quotidien.

BILAN :

Dire à une féministe qu’une autre femme pense comme vous c’est :

  • Apporter un avis biaisé sur un sujet qui n’en a certainement pas besoin
  • Reproduire une mise en concurrence misogyne déjà omniprésente dans notre société
  • Essentialiser les femmes et supposer que toutes auraient le même avis
  • Contribuer à invisibiliser le sexisme et les discriminations vécues par les femmes que vous contredisez – et invisibiliser celles en désaccord en se réappropriant leur parole
  • Supposer que toutes les femmes devraient être d’accord entre elles car, eh, ce sont des femmes
  • Oublier que le féminisme s’apprend
  • Pas utile
  • Un argument de merde

Je donne un 1/10, pour l’effort !

Bonus : « Alors oui encore un mec qui donne des leçons »

Eh bien oui Jean-Michel de Beauvoir, tu te rends compte que ton avis est déplacé, alors épargne-le moi.

 

Chez les copaines de Simonæ :

Bisexualité, Littérature

Pourquoi a-t-on besoin de plus de personnages bisexuels ?

[Cet article contient des mentions de biphobie et d’homophobie]

 

 

Je pense qu’il est presque impossible pour quiconque fréquentant les réseaux sociaux d’être passé à côté des photographies de jeunes filles fans de Ghostbusters rencontrant les actrices du film. Ces images ont été largement diffusées et utilisées pour prouver, à juste titre, l’importance des personnages féminins au cinéma en général et dans les superproductions en particulier.

Globalement, une prise de conscience semble être en marche, et petit à petit on peut espérer que la situation s’améliore. Or, si cela me satisfait en tant que femme, cela ne me suffit pas car je ne me retrouve pas dans toutes les situations. Je ne suis pas simplement une femme, mais une femme bisexuelle : beaucoup de films ne me parlent pas totalement, et finalement peu de personnages iconiques me ressemblent. Clairement, qu’il s’agisse de films, de séries ou encore de livres, les personnages LBTQI+ demeurent sous-représentés, et parmi eux les personnages bisexuels le sont encore plus.

 

La nécessité d’avoir des personnages LGBTQIA+ :

Pour s’identifier à un personnage, il y a quelques prérequis : il faut que ce soit un humain qui nous ressemble, physiquement ou par son histoire, par sa personnalité ou par sa destinée. L’on doit pouvoir entretenir un lien intime avec lui, et en l’occurrence avec elle, et il faut surtout qu’iel soit positif·ve et donne ainsi envie de lui ressembler. Bien-sûr, toutes ces conditions ne sont pas nécessaires dans chaque cas, mais ce sont d’autant plus de points qui permettront, consciemment ou non, de s’identifier à un personnage.

Quel intérêt ? Sans doute n’avons-nous pas besoin de s’identifier à un personnage pour apprécier un livre, un film, ou une série. Seulement, cela apporte bien des avantages et aspects positifs. Déjà, cela va établir un lien avec le livre, la série, le film que nous lisons ou regardons. En partageant la vision du monde d’un personnage, on partage aussi ses émotions, et l’on entre en résonance avec lui. Cela crée un lien affectif particulier, que ce soit avec lui ou avec l’œuvre dans laquelle il évolue.

Mais, ce qui m’intéresse le plus ici, c’est qu’en percevant un personnage qui nous ressemble, l’on perçoit une image de soi-même. Regarder un personnage proche de nous, c’est comme se regarder dans un miroir ; cela permet de mieux se comprendre, et de découvrir des aspects cachés de notre personnalité qu’on ne saurait sans doute pas découvrir de nous-mêmes. Cela nous permet donc de grandir, et de se sentir légitime dans nos expériences quotidiennes.

 

L’importance des personnages LGBTQIA+ :

Il est assez facile de constater que les personnages LBGTQIA+ sont toujours peu représentés à l’écran, comme dans les livres : bon nombre de rappels sont régulièrement faits à ce sujet.

Dans tout cela, les personnages bisexuels sont un cas particulier. Comme je m’intéresse à la littérature, j’en ai fait un sondage sur Twitter. J’ai reçu 309 votes : 72% des personnes ayant répondu, soit 222 personnes, n’ont jamais lu de livre contenant un personnage bisexuel, 13% ont déjà lu un livre en contenant un, et 15% plusieurs livres. J’ai demandé des précisions à celleux qui en ont lu, et beaucoup m’ont cité les mêmes titres : finalement, ces personnages semblent encore moins représentés.

De plus, que ce soit en films ou en série, les différences de traitement sont nombreuses voire quasi-systématiques ; différences par rapport aux personnages hétérosexuels, mais aussi par rapport aux personnages gays et lesbiens.

Les personnages bisexuels dans les séries, par @luciflemme :

Il ne suffit pas d’avoir un personnage LGBT dans une fiction pour qu’on puisse parler de représentation. Dans bon nombre de séries, les rares occurrences de personnages bisexuels ou pansexuels sont peu satisfaisantes, ceux-ci étant souvent moqués ou dépeints comme sexuellement dépravés, infidèles ou « bicurieux ».

Même des séries qui devraient pourtant aller au-delà des clichés se rendent coupables de ce genre de traitements. The L Word, qui décrit la vie et les amours d’une communauté LGBT à Los Angeles, se rend coupable d’un traitement biphobe de ses personnages. La série est centrée sur un groupe d’amies principalement lesbiennes, et l’une d’elle, bisexuelle. Le personnage est souvent moqué par ses amies pour ses relations avec les hommes qui les dégoûtent et, bien qu’elle soit identifiée comme bisexuelle au début de la première saison, cet aspect est bien vite effacé et celle-ci n’a plus que des relations avec des femmes et est considérée lesbienne par les autres. Une autre femme, identifiée comme lesbienne, entame à un moment dans la série une relation avec un homme. Cette relation est considérée par les autres comme une « trahison » et le personnage le vit comme une crise existentielle, remettant en question sa relation lesbienne passée et affirmant alors qu’elle est en fait hétérosexuelle. A aucun moment la possibilité de la bisexualité n’est envisagée. Le message de la série ressortant de ces deux personnages est pour moi le suivant : la bisexualité n’est qu’une phase et non une sexualité valide, ce qui est un cliché biphobe courant dans le monde réel.

Heureusement la biphobie est diverse et il y en a pour tous les goûts. Ainsi dans la série Chewing Gum, le premier personnage bisexuel que l’on rencontre est évidemment une femme à la sexualité débridée, intéressée par les plans à trois et porteuse de nombreuses MST.

Dans Doctor Who, on a la chance d’avoir un couple lesbien stable et aimant, ce qui est une bonne représentation mais malheureusement qui montre encore une fois le contraste avec le personnage pansexuel du Capitaine Jack Harkness, qui papillonne aux quatre coins de l’univers (littéralement) puisqu’il est bien connu que les personnes bisexuelles et pansexuelles ont forcément des partenaires multiples (non). J’attends encore une représentation de couple stable comportant un partenaire bisexuel ou pansexuel.

La représentation de ces personnages est donc souvent très négative, et très connotée.

 

Pour résumer : les personnages bisexuels sont peu présents. On ne les connaît la plupart du temps qu’au sein d’une histoire d’amour principale, qui tend à éclipser les autres et à faire paraître cela pour un choix, une préférence sexuelle définitive. C’est le cliché qu’on entend habituellement dans notre vie quotidienne : quand une femme bi fréquente un homme, elle est hétéro ; lesbienne quand elle fréquente une femme.

 

Des exemples de personnages positifs en littérature :

Ce n’est donc pas parce que les personnages LBGTQI+ sont représentés qu’ils le sont de manière positive. Cet article est donc l’occasion pour moi de présenter 3 livres qui traitent ce type de problématiques. Les trois sont différents : par leur forme, par le public qu’ils visent, et par leur vision de la sexualité de personnages qui ont fréquenté des femmes et des hommes.

  • Un « classique » littéraire : Giovanni’s Room (La Chambre de Giovanni) de James Baldwin. James Baldwin est un auteur Américain qui a traité dans ses œuvres des questions de racisme et d’homosexualité et de bisexualité (lui-même étant noir et homosexuel). Giovanni’s Room évoque justement la difficulté à représenter les hommes homosexuels et bisexuels. Le livre raconte l’histoire de David, américain vivant à Paris, et sa relation amoureuse avec Giovanni. Le roman retrace l’histoire (cachée) de ces deux hommes, de leur première rencontre à cette fin tragique. Or, au début du roman, le personnage principal est fiancé à une femme, Hella. Si le livre donne a priori une alternative entre homme et femme, l’histoire de David et Hella n’est pas le sujet du roman. S’il préfère finalement un homme, son histoire avec Hella n’est pas assez connue pour évaluer le rôle de la pression sociale ou à l’inverse de l’amour. La question n’est pas réglée puisque les universitaires se disputent encore aujourd’hui pour savoir si David est homosexuel ou bisexuel. Dans les deux cas, c’est un roman considéré comme un classique qui aborde les thématiques LBGTQI+ et mérite d’être lu.
  • Un livre à l’adaptation connue : Carol, de Patricia Highsmith (là encore, on notera que l’autrice est une femme lesbienne). C’est impossible d’être passé à côté du film de Todd Haynes de 2015. Le livre aborde des aspects que le film néglige, notamment sur la sexualité des deux personnages principaux, Carol et Thérèse. Pour Thérèse par exemple, le livre semble régler l’ambiguïté qui peut être présente dans le film sur sa sexualité : elle n’apprécie pas le fait de coucher avec des hommes, ce qui est mis en parallèle avec le plaisir qu’elle prend avec Carol, une femme. Il semblerait donc qu’il s’agisse d’une femme lesbienne, fréquentant des hommes par pression sociale. Pour Carol, la question n’est pas claire puisque son point de vue direct n’est jamais donné. Il est impossible de savoir si elle a épousé son mari par amour, ou par convenance. Comme précédemment, le doute est possible. La réponse n’importe pas tant : le doute est possible, et le livre ouvre quoi qu’il en soit un espace de réflexion à ce sujet.
  • Un livre de jeunesse, et surtout le meilleur livre que je connaisse sur la question de la bisexualité : Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers, de Benjamin Alire Sáenz (lui aussi un homme gay). Aristote et Dante sont deux adolescents, deux amis. L’un comme l’autre ont des expériences avec des filles, expériences qui sont désirées et positives. Et l’un comme l’autre finissent par avoir une expérience avec un garçon, expérience désirée et positive. L’équilibre est parfait, et le rapport aux deux sexes n’est aucunement connoté. L’œuvre en elle-même explore les sentiments avec une grande justesse (certainement liée au public cible). L’on peut évoluer en même temps que les personnages qui découvrent leur sexualité peu à peu. Le roman en donne une vision très positive et même apaisante. Je crois que c’est l’un des livres les plus importants que j’ai eu l’occasion de lire, non seulement parce qu’il présente des personnages LBGTQI+ parfaits, mais aussi parce qu’il s’adresse aux jeunes.

 

Pour conclure :

Nous avons besoin de plus de personnages bisexuels dans nos livres, nos séries, nos films, tout comme nous avons besoins de plus de personnages LBGTQI+ de manière générale. La représentation est importante, c’est elle qui nous rend visibles, qui nous normalise. Si nous sommes anecdotiques et sujets de moqueries sur les écrans, pourquoi ne le serions-nous pas au quotidien ? Si nous n’existons pas dans les livres, pourquoi devrions-nous être visibles ? Ces questions sont souvent balayées d’un revers de la main sous prétexte qu’elles ne sont pas importantes. Or, tout cela importe : c’est ce qui nous fait exister médiatiquement, mais aussi qui nous permet de grandir, d’avoir des repères, et finalement d’exister.

 

Pour aller plus loin :

 

 

Coups de gueule, Pour éduquer vos potes

Je suis fatiguée de réconforter des mecs

[Cet article contient des mentions de sexisme, de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles, de violences et de meurtres]

 


 

Régulièrement, les militantes féministes, ou plus largement les femmes qui dénoncent des comportements sexistes, se confrontent à des « pas tous les hommes », ou « not all men ». Des hommes interviennent pour leur rappeler que, non, tous les hommes ne sont pas sexistes/des harceleurs/des agresseurs, et que d’ailleurs eux sont tout à fait corrects (quitte à harceler la personne en question pour prouver qu’eux-mêmes ne harcèlent pas, bon, pourquoi pas).

Le plus souvent, les « débats » se terminent de la même manière : ils ne décolèrent que lorsqu’on leur donne raison. Pour eux, c’est certainement une demande anodine. Pour les féministes en revanche, c’est une tout autre chose.

 

 

Les points les plus fatigants :

Il y a deux semaines, je publiais un article expliquant que dire bonjour à une femme dans la rue, c’est déjà participer à son harcèlement. De manière tout à fait prévisible, beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup d’hommes (et quelques femmes) sont venu·e·s m’expliquer qu’un « bonjour » est aussi une salutation, un signe de politesse, en bref quelque chose de sympa. Je prends enfin le temps de revenir là-dessus.

Est-ce que dans certaines situations dire bonjour à quelqu’un, en l’occurrence une femme, est acceptable ? Probablement, oui. Dans certains contextes, c’est de toute évidence le cas. Mais ça, ne comptez pas sur moi pour l’expliquer.

D’abord, parce que mon féminisme n’est pas un féminisme pour les hommes. Je ne suis pas là pour faire une liste des cas où il est acceptable d’aborder une femme ; ou plus largement pour rédiger une FAQ « comment être un mec décent ? ». Le temps de les réconforter, c’est du temps que je perds pour d’autres projets, du temps que je n’accorde pas à d’autres sujets. Rien que l’écrire montre la futilité des « pas tous les hommes ». D’un côté, certains s’inquiètent de devoir prendre des précautions quand il s’agit de draguer ou de coucher avec une femme ; de l’autre, on parle de harcèlements, de viols, de meurtres, et de disparités qui nous ruinent la vie jour après jour.

Je suis fatiguée de réconforter des hommes blessés parce qu’on a osé les assimiler à des harceleurs ou à des agresseurs. Ils attendent de nous une empathie suffisante pour les rassurer et leur dire qu’ils ne sont pas sexistes (ahem), alors qu’eux sont incapables de l’empathie suffisante pour comprendre que, eh bien, si, tous les hommes.

Ensuite, c’est aussi évident qu’important, mais ces « pas tous les hommes » ne sont pas des arguments. Ils placent directement celui qui les prononce dans une position défensive. Or, à défendre son égo et son intégrité, on écoute rarement les personnes en face et leurs propos.

C’est aussi déplacer le problème sur les hommes qui ne sont, pour le sujet de base, pas directement en question. S’attarder sur eux, c’est dévier la conversation d’un point important à un cas d’égo. C’est souvent aussi négliger qu’en ne faisant rien contre le sexisme (à part s’attaquer à des féministes), ces hommes sont finalement aussi une partie du problème. Enfin, c’est oublier que s’ils affirment leur bonne foi dans cette conversation, dans la rue, au travail, chez soi, on ne sait pas à quel groupe ces hommes appartiennent, s’ils sont « gentils » ou « méchants ».

 

« Pas tous les hommes », un argument violent :

Si un « pas tous les hommes » se limitait à une question d’égo, on pourrait encore en rire (jaune, certes, mais en rire tout de même). Le problème, c’est que si une féministe explique que tous les hommes sont des harceleurs et qu’un homme vient dire que lui ne harcèle pas, non seulement cela porte une forme de discrédit sur l’argument de base, mais surtout cela invisibilise le problème. S’il existe des hommes qui ne harcèlent pas, alors de quoi se plaignent-elles ? Bien qu’il n’ait pas d’impact concret vis-à-vis des personnes convaincues, pour tou·te·s les sceptiques et celleux qui pensent que les « féminazies » exagèrent, une exception peut être suffisante à leurs yeux pour faire passer une dénonciation systématique à un fait marginal ; et donc pour sapper de longues heures de luttes à préparer le terrain.

La violence passe aussi par l’invalidation du vécu d’une victime. Lorsqu’une personne explique qu’elle n’a connu que des relations abusives par exemple, intervenir en expliquant que, eh, non, tous les hommes ne sont pas comme ça, c’est rendre invalide le vécu de la personne en question. C’est aussi entretenir des formes de mythes sexistes : ceux selon lesquels il faut continuer à essayer différentes relations jusqu’à trouver « le bon » ; autrement dit, c’est à nouveau laisser supposer que, eh, tu peux bien te coltiner encore quelques abuseurs si à la fin tu en trouves un bien comme moi. Concrètement, cela participe d’une violence symbolique déjà omniprésente qui a tendance à minimiser ce que vivent les victimes, et plus généralement les femmes.

 

 

Pas tous les hommes, mais toutes les femmes ?

Dans la société dans laquelle on vit, si tous les hommes ne veulent pas être rangés dans le même panier, toutes les femmes le sont indépendamment de leur volonté. J’ai évoqué dans l’article précédent les statistiques montrant qu’entre 95 % et 100 % des femmes vivront du harcèlement au cours de leur vie.

Toutes les femmes vivent le sexisme, que ce soit par des « blagues », par des différences de salaires et la précarité, par du harcèlement, par des agressions, ou par bien d’autres formes encore. Face aux femmes, les hommes ne font aucune différence. En 2014 par exemple a eu lieu une tuerie à Isla Vista, en Californie : motivé par sa haine des femmes et les rejets amoureux qu’il avait subi, un homme a tué 6 personnes. Suite à cette affaire, un hashtag #YesAllWomen a d’ailleurs vu le jour sur Twitter en 2014, en réponse aux #NotAllMen qui se répétaient. Le réflexe des hommes était ici de se distancier du tueur plutôt que de condamner sans concession son acte ; et ce n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres.

Les femmes sont toutes de potentielles victimes, qu’elles le veuillent ou non ; et si certaines ne vivent pas cela, ça n’enlève pas qu’une grande majorité le subissent au quotidien. Alors tous les hommes ? Imaginons que non ; par contre, toutes les femmes, effectivement.

A l’inverse, il est hypocrite de penser que même les hommes les mieux intentionnés ne bénéficient pas du sexisme. Si la situation est plus complexe lorsque d’autres formes d’oppressions et de discriminations s’y ajoutent, de manière globale les hommes, et en particulier les hommes blancs hétérosexuels cisgenres (ou avec un passing), bénéficient de multiples avantages par rapport aux femmes. Conscient ou pas, voulu ou non, les différences de salaires par exemple en font partie, et ne dépendent pas de la bonne volonté de celui qui viendra nous expliquer que, non, pas tous les hommes.

 

Dans un système où tout est fait pour leur donner l’avantage, et où les femmes sont discriminées de manière systématique, il est légitime d’adopter un raisonnement en miroir vis-à-vis des hommes. Il est légitime, pour les femmes, d’englober tous les hommes dans le même panier et de supposer que tous sont sexistes, harceleurs, ou agresseurs. Mon féminisme n’est pas fait pour être sympathique, ou pour ménager les égos de certains hommes ; mon féminisme est là pour se confronter à la réalité.

 

Pour aller plus loin :

Quelques lectures sur le sujet :

Harcèlement sexuel, Pour éduquer vos potes

Un homme qui dit « bonjour » à une inconnue dans la rue, est-ce du harcèlement ?

[Cet article contient des mentions de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles, d’insultes, d’homophobie, de violences, de viol et de validisme]

 


 

Hier, j’ai mentionné sur Twitter le harcèlement de rue dont j’ai été victime. Comme chaque femme racontant son expérience, j’ai reçu des remarques visant à excuser mes harceleurs. Quelqu’un, qui a depuis supprimé son tweet, m’a même reproché de systématiquement blâmer ces hommes qui ont le courage d’aborder les femmes dans la rue (ouais).

Les limites du harcèlement sexuel sont encore floues pour certain·e·s. Considéré comme plus anodin qu’une agression, il est aussi plus insidieux mais pas moins grave. Pour beaucoup (pour ne pas dire « pour les hommes »), dire « bonjour » à une inconnue dans la rue ne pose pas de problème en soi, c’est même quelque chose de flatteur. Agacée par ce genre de remarques, je tiens à démontrer, une fois pour toutes, en quoi il s’agit de harcèlement.

 

 

Le harcèlement de rue, c’est quoi ?

C’est l’anthropologue américaine Micaela di Leonardo qui a été la première à le définir en 1981. Dans un article intitulé “Political economy of street harassment” (« Economie politique du harcèlement de rue »), elle écrit :

« Le harcèlement sexuel survient lorsqu’un ou plusieurs inconnus accostent une ou plusieurs femmes […] dans un espace public qui n’est pas le lieu de travail de la ou des femmes. Par des regards, des mots ou des gestes, l’homme affirme son droit à forcer l’attention de la femme, la définissant comme un objet sexuel et la forçant à interagir avec lui. »

(“Street harassment occurs when one or more strange men accost one or more women […] in a public space which is not the woman’s/women’s worksite. Through looks, words, or gestures the man asserts his right to intrude on the woman’s attention, defining her as a sexual object, and forcing her to interact with him.”)

Pour une définition « officielle » cette fois du harcèlement sexuel, l’on peut citer le site service-public.fr :

« Le harcèlement sexuel se caractérise par le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui :

  • portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant,
  • ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. »[1]

Enfin, le site « stop harcèlement de rue » donne cette définition :

« Le harcèlement de rue, ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeller verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. »[2]

On peut noter que les deux dernières références prennent plus de pincettes que Micaela di Leonardo, qui elle est plus explicite et n’hésite pas à genrer directement les agresseurs, et les agressées. « Stop harcèlement de rue » apporte néanmoins une précision intéressante :

« La drague et le harcèlement de rue ne sont pas la même chose et il est anormal de les confondre. La drague se construit à deux, là où le harcèlement est la responsabilité d’un individu qui ignore volontairement l’absence de consentement de son interlocuteur. »

Ce qui permet d’identifier le harcèlement, c’est donc l’absence de consentement. Le harcèlement n’est pas réciproque, alors que dans un cas de drague l’on attendrait une réponse.

Le harcèlement de rue commence donc lorsqu’un homme interpelle une femme, contre son gré, et l’oblige à lui porter attention.

 

La crainte des hommes inconnus : une peur en grande partie propre aux femmes :

Or, le harcèlement de rue est une violence genrée. De nombreuses études statistiques ont déjà traité ce sujet : les chiffres varient, mais à chaque fois plus de 90 % voire 95 % des femmes en ont été victime. Concernant les hommes par contre, les chiffres sont bien plus bas … et le harcèlement provient alors en très grande majorité d’autres hommes. Parmi eux, les plus touchés sont les hommes homosexuels : la motivation n’est ici plus la misogynie, mais l’homophobie. L’on retombe bien sur des actes motivés par une forme de violence.

Aujourd’hui, une femme sur cinq déclare avoir subi un viol ou une tentative de viol au cours de sa vie. Les femmes sont trois fois plus souvent victimes de violences sexuelles que les hommes. Cette violence existe, et est intériorisée dès le plus jeune âge. Le fait d’être une femme, dès la naissance, implique de vivre avec cette violence. Cela passe par des conseils : les parents encouragent leurs filles à porter des tenues jugées plus appropriées et moins provocantes, à être prudentes, à ne pas sortir seules le soir. L’une des conséquences de cette éducation est la peur, celle de se faire agresser par un inconnu, a fortiori la nuit (alors même que ce stéréotype ne correspond pas aux réalités des agressions sexuelles). Le harcèlement récurrent, par de simples interpellations, ne fait que renforcer cette peur de l’agression … et rappeler son existence. La violence de l’espace public s’exprime donc aussi de manière culturelle, et les femmes sont menées à la craindre dès leur plus jeune âge.

Si tous les hommes ne harcèlent pas, toutes les femmes se font harceler. Ce comportement doit donc bien être examiné par le prisme du genre, étant donné qu’il touche en grande majorité les femmes, et en l’occurrence toutes les femmes. Ainsi, en tant que telles, nous sommes amenées à grandir avec la peur des hommes, et en particulier à l’extérieur.

 

L’espace public : un espace genré :

Or, l’espace public a la particularité d’être un espace genré. Historiquement, il était l’espace des hommes, alors que celui dévoué aux femmes était l’espace privé. Cette séparation avait deux fonctions : celle de maintenir la subordination des femmes, mais aussi de les empêcher de se réunir. Cette barrière est aujourd’hui tombée, mais les usages de l’espace public diffèrent. En 1981, Micaela di Leonardo a ainsi émis l’hypothèse que le harcèlement de rue est en hausse : ce serait un moyen de réaffirmer le statut et le pouvoir des hommes.

Dans un article intitulé “A feminist approach to agoraphobia : Challenging the traditional views of women at home” (« Une approche féministe de l’agoraphobie »), Maureen Mchugh va plus loin et émet l’hypothèse que l’agoraphobie, peur des lieux publics et de la foule, serait, en tant qu’elle est une maladie le plus souvent féminine, une construction genrée. La peur des lieux publics est donc bien intériorisée.

Ariane Bilheran, psychologue française, a écrit dans un livre intitulé Le Harcèlement moral que le harcèlement :

« vise la destruction progressive d’un individu ou d’un groupe par un autre individu ou un groupe, au moyen de pressions réitérées destinées à obtenir de force de l’individu quelque chose contre son gré et, ce faisant, à susciter et entretenir chez l’individu un état de terreur »

On retrouve bien ici l’idée de contrainte : par le harcèlement de rue, le fait que l’espace public n’est pas neutre est sans cesse rappelé. Cela se traduit par une occupation de l’espace différente. En tant que femme, nous avons tendance à appliquer les recommandations qui nous sont sans cesse répétées : à porter des jeans plutôt que des robes, à moins se maquiller, mais aussi à ne pas se déplacer seule et à ressentir de la crainte quand nous n’avons pas d’autre choix.

Par cette occupation différente de l’espace mais aussi par une peur, créée par l’éducation comme par les statistiques, l’espace public s’avère hostile à l’égard des femmes. Dès lors, un homme inconnu peut-il de manière neutre nous dire bonjour ?

 

Dire « bonjour » à une inconnue : une forme de harcèlement :

Dans Genre, violences et espaces publics, Marylène Lieber écrit :

« De nombreuses formes de brimades rappellent en permanence aux femmes qu’elles transgressent les normes sexuées lorsqu’elles se promènent seules dans les espaces publics. […] Des gestes, des paroles et des intrusions – à commencer par ce qui est qualifié de simple « drague » – leur rappellent en effet à intervalles réguliers qu’elles pourraient subir des violences plus graves. » (p. 61)

Qu’on l’ignore ou qu’on y réponde, qu’on continue notre chemin ou que l’on se défende, même un simple « bonjour » intervient comme un rappel de cette condition féminine. Généralement considéré comme anodin, au mieux comme du « harcèlement ordinaire », le fait de créer un contact rappelle la possibilité qu’une agression plus grave ait lieu. Le harcèlement de rue a de plus la caractéristique d’être réalisé par des inconnus, ce qui rend chaque action encore plus imprévisible. S’il ne s’agit pas de violence physique, un « bonjour » lancé à une femme dans la rue est bien une violence symbolique, à la fonction de rappel, et qui ne garantit en rien que la situation n’est pas amenée à dégénérer. Il ne s’agit ni d’un geste anodin, ni d’une tentative de drague mais bien d’un geste politique qui, inclus dans le vaste ensemble du « harcèlement de rue », contribue à réaffirmer que la sécurité des femmes dans l’espace public n’est pas acquise. Il est donc normal, pour une femme, d’avoir peur d’un homme qui lui dit « bonjour » dans la rue.

 

Reprenons la définition de service-public.fr. Le harcèlement sexuel se compose de comportements qui « créent […] une situation intimidante, hostile ou offensante. » Or, puisque cela rappelle la condition et la vulnérabilité des femmes, un « bonjour » mène bien à la création d’une situation hostile. Associé à une culture du viol omniprésente et à une éducation qui mène les femmes à craindre les inconnus, la situation est en elle-même intimidante, et clairement offensante selon les circonstances. Dire bonjour à une femme dans la rue, c’est donc bien déjà du harcèlement sexuel. CQFD

 

Pour aller plus loin :

La parole à @NotAnonNhime (https://twitter.com/NotAnonNhime) :

Si on connait toutes la peur d’être abordées par un inconnu dans l’espace public, que ce soit de jour ou de nuit, le handicap donne à ces interactions une nouvelle perspective. S’il est perçu, il peut être utilisé contre nous (on notera par exemple le cas de la relaxe de cinq hommes ayant agressé une femme handicapée mentale), s’il ne l’est pas, dans le cas d’un handicap invisible, il ne fait que nous rendre un peu plus vulnérables.

Lorsque nous parlons de harcèlement de rue, on obtient souvent la réponse « les femmes doivent apprendre à se défendre ». Après tout, les cours d’autodéfense existent, non ? Ils sont peut-être utiles à certaines. Mais que fait-on pour celles qui n’ont pas la possibilité de s’enfuir si la situation dégénère, qui ne peuvent pas essayer d’attirer l’attention des gens autour d’elles, qui n’ont pas la possibilité physique ou mentale de se défendre ?

Chaque homme qui devient agressif après un refus de ma part me rappelle que je suis non seulement vulnérable à ses yeux, puisque femme, mais vulnérable tout court, puisque je n’ai pas la possibilité de me défendre. Chaque homme qui rappellera ensuite que « c’est une minorité, et puis vous pouvez apprendre à vous défendre » me dira donc clairement qu’en tant que femme, je ne mérite pas ma sécurité, et qu’en tant que femme handicapée, je suis un dommage collatéral : plutôt que de modifier leur comportement, il est plus facile de nous abandonner comme victimes éventuelles de cette minorité d’hommes.

 

Quelques lectures sur le sujet :

    • Pour des témoignages sur la crainte des femmes dans l’espace public, l’étude de S. Condon, M. Lieber et F. Maillochon, « Insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines » publiée dans la Revue française de Sociologie, vol. 46, n°2, 2005.
    • Sur la réalité du harcèlement sexuel, le projet féministe « Paye ta shnek » : http://payetashnek.tumblr.com/
    • En anglais, l’article d’Elizabeth A. Kissling, “Stress Harassment : The language of Sexual Terrorism”, Discourse & Society 2, n° 4, 1991.
    • En anglais aussi, le site “Strop Street Harassment” regroupe de très nombreuses ressources : http://www.stopstreetharassment.org/resources/

 

 

[1] https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1043

[2] http://www.stopharcelementderue.org/?page_id=717